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Ministre de la mer COMTE de CHASSELOUP-LAUBAT 11/1862 |
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Sire, l'Empereur s'est plus d'une fois ému au récit de ces accidents de mer qui laissent sans appui de pauvres enfants de matelots, et sa générosité est bien souvent venue en aide à des familles auxquelles la caisse des invalides de la marine accorde, de son côté, quelques secours. Mais dans sa sympathie pour nos populations maritimes, Votre Majesté ne s'est pas bornée à ces bienfaits qu'elle aime à répandre. Elle m'a prescrit d'examiner si les orphelins de ces hommes qui se vouent au rude métier de la mer ne pourraient pas être remis aux soins et placés sous la tutelle de la marine, qui les élèverait pour leur faire suivre la carrière de leurs pères, — comme les fils de nos soldats, — ces enfants de troupe, — ainsi que dans son glorieux langage les appelle l'armée qui les adopte, — sont élevés par les régiments et y retrouvent une nouvelle famille. Votre généreuse pensée, Sire, je viens vous proposer de la réaliser par l'approbation d'un projet de décret posant les bases d'un établissement qui, sous le nom de Pupilles de la marine, sera appelé à recevoir un certain nombre d'orphelins des officiers mariniers et des matelots. Aujourd'hui, l'école des mousses, qui donne des résultats dont la flotte s'applaudit de plus en plus, ne s'ouvre que pour des enfants âgés de treize ans, et les salles d'asile, que quelques-uns de nos ports militaires ont encouragées avec tant de dévouement, se ferment pour les enfants de plus de sept ans. Des secours, il est vrai, sont alloués aux orphelins des marins morts au service de l'État, ou en jouissance d'une pension de retraite, ou même des matelots victimes d'événements de mer lorsqu'ils naviguent au commerce; mais on ne peut méconnaître que, pour beaucoup de ces enfants, les premières années seraient mieux protégées, mieux employées, mieux préparées aux devoirs de la profession qu'ils doivent embrasser, si l'institution qui les assiste allait un peu plus loin dans sa charitable prévoyance, et prenant, en quelque sorte, l'orphelin sous son égide, employait l'argent qu'elle consacre à lui offrir un asile où il trouverait des enseignements plus utiles à la carrière qu'il doit parcourir, et où on lui montrerait les nobles exemples qu'il a à suivre. C'est à Brest, au milieu d'une population pour ainsi dire toute militaire et maritime, à Brest où déjà l'école des mousses a dû être établie, et où la marine possède des locaux suffisants, que seraient réunis les Pupilles de la marine. Ils seraient placés sous la surveillance immédiate du préfet maritime, qui aurait la haute direction de tout ce qui concerne l'ordre, la discipline, l'instruction. Les enfants désignés par les préfets des cinq arrondissements maritimes seraient admis par une commission. Les orphelins de père et de mère auraient la priorité, et seraient reçus dès l'âge de sept ans; les autres enfants entreraient à neuf ans; tous y resteraient jusqu'à treize ans et passeraient à l'école des mousses. Deux ou trois officiers de vaisseau, quelques officiers mariniers, quelques quartiers-maîtres et fourriers, suffiraient pour l'organisation nécessaire, et en centralisant, avec une faible augmentation, les secours que la caisse des invalides de la marine accorderait à chaque enfant qui serait admis, les dépenses pourraient être couvertes. D'ailleurs, Sire, il n'est pas douteux que, reçu comme un bienfait par les populations maritimes, comme un complément des institutions de bienfaisance que la France vous doit, l'établissement des Pupilles de la marine, en présence des sympathies qui s'y attacheront, ne soit bientôt élevé au rang des établissements qui ont une existence civile; et de même qu'on voit chaque jour grandir la prospérité de l'Orphelinat du Prince Impérial, de même des dons, des legs, permettraient sans doute promptement d'élargir les bases de l'institution destinée aux orphelins des matelots. Mais
aujourd'hui, Sire, il ne s'agit encore que de jeter le germe
de tout le bien dont vous avez conçu la
pensée; les gens de mer accueilleront avec une
profonde reconnaissance une création dans laquelle
ils reconnaîtront l'incessante sollicitude que vous
avez pour eux, et c'est avec bonheur qu'ils verront la main
paternelle de l'Empereur s'étendre sur la tête
de leurs enfants. C'est donc avec confiance que je soumets
à Votre Majesté le projet de décret sur
les Pupilles de la marine, qui à recueilli les
suffrages unanimes du conseil d'amirauté. Je suis,
avec un profond respect, Sire, de Votre Majesté, le
très humble serviteur et fidèle sujet. Le Ministre secrétaire d'État de la marine et des colonies Signé Comte P. DE CHASSELOUP-LAUBAT. |
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