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Dourdy - 1958
Le 25 septembre 1958, mes parents, mes frères et soeurs me conduisent au Dourdy. Bagages légers, un couteau, un cadenas solide, les dernières gâteries d'une mère qui voit son fils la quitter pour une vie d'aventures...
La clairière ombrée de l'aubette fleurie et bordée de galets blanchis à la chaux, le bleu du panneau Marine nationale, le factionnaire en guêtres noires, ceinturon et matraque. Une grande allée boisée au fond de laquelle on découvre un immense château. Le tintement de la cloche. Un lieutenant de vaisseau ancien vient au devant de nous...








































La musique du Dourdy



La chorale du Dourdy



UN PEU D'HISTOIRE

C'est en 1910 que Gustave Moussion achète la métairie du Dourdy et les terres voisines. Fin 1913, la première pierre d'un château destiné à accueillir une école-orphelinat est posée. Deux événements ont pourtant failli empêcher cette réalisation :

  • en 1913, l'âme du projet, la compagne de Gustave Moussion , décède ;
  • en août 1914 la guerre éclate alors que le gros oeuvre est à peine achevé ; l'ouverture de l'orphelinat "Le Dourdy" est reportée.

Début 1918, l'établissement, devient hôpital militaire et accueille des soldats en convalescence. L'armistice signé, "Le Dourdy" se vide, Gustave Moussion procède alors à l'achèvement des travaux.
Durant tout l'entre-deux guerres, le château reste désespérément vide et inutilisé. En 1939, il est occupé par des réfugiés espagnols.
Avril 1945, la marine française s'intéresse au Dourdy et loue le domaine à Jacqueline Moussion (petite fille de feu Gustave Moussion), en vue d'y installer ses écoles des apprentis marins et des sous-officiers du pont : les maistranciers.

AVANT LE DOURDY

Rappelons nous : (voir la page Les pupilles de la Marine)

  • de 1910 à 1940, l'école des apprentis marins est installée à Brest sur bâtiment, transformé en ponton : "le Bretagne", qui devient "l'Armorique" dès 1912 (le navire est bombardé en 1944 au mouillage de Landévennec).
  • De 1925 à 1940, deux annexes doublent l'Armorique : "le Tremintin", croiseur-cuirassé et "le Gueydon".
  • En juin 1940, l'école est dissoute et reconstituée cinq mois plus tard à Toulon sur le cuirassé "l'Océan", sa dernière demeure sur l'eau.
  • Le 1er novembre 1943 une annexe de l'école ouvre à Cahors, mais en septembre 1944, elle est transférée à Bordeaux et dissoute le mois suivant. Les élèves sont alors répartis dans les diverses écoles de spécialités qui ont été ouvertes en Afrique du nord.
LES CONDITIONS D'ENTRÉE

Les école du Dourdy ont pour mission de préparer leurs élèves à faire carrière dans les différentes spécialités du "pont" des équipages de la flotte et de permettre aux plus motivés l'accès au grade de sous-officier du pont. Le Dourdy ouvre avec un premier contingent de 100 pupilles, venus de l'école des pupilles, installée depuis le 1er novembre 1944 dans les baraques à Bertheaume en Plougonvelin, près du Conquet. L'école des pupilles sera finalement transférée au Dourdy fin 1950 (Photos), puis fermée le 1er octobre 1959.
A partir de 1952, à leur admission, les pupilles doivent être titulaires du certificat d'étude primaire et être âgés entre 14 ans et 15 ans1/2.
Les mousses et les maistranciers s'y installent en octobre 1945. Les mousses doivent eux aussi posséder le certificat d'étude primaire et avoir entre 15 et 17 ans. Les maistranciers, admis par concours, doivent être âgés de16 à 19 ans. La scolarité des uns et des autres est de douze mois. A la sortie de l'école, les mousses sont envoyés dans des écoles de spécialités, ainsi que les maistranciers ayant satisfait à l'examen de sortie.

DESCRIPTION DU SITE

En novembre 1946, une année après l'ouverture de l'école, le bâtiment principal du Dourdy le "château", (64 m sur 35 m) est doté du chauffage central. Il abrite plus des deux tiers des élèves (450 sur les 650) ainsi que les bureaux et les principaux services. Dans les dortoirs - les chambrées - les allées, portent le nom de glorieux marins.
Un stade est utilisé pour l'instruction militaire et l'éducation sportive. Construit quelques années plus tard derrière le château, le hangar gymnase (35 m x 24 m) sert notamment pour le basket, la lutte, la boxe et les poids et haltères. Avant la réalisation de ce gymnase, un ring de boxe a été aménagé dans la salle des fêtes !
Une vingtaine de baraques en bois, montées sur des soubassements en dur, accueillent des logements pour les plus anciens de l'école et le personnel du cadre permanent, ainsi que le carré des officiers (en attendant qu'il déménage dans le moulin), celui des maîtres, le foyer, la bibliothèque, une salle de lecture et de correspondance. A l'écart l'infirmerie, dont les salles peuvent recevoir trente malades, est placée sous la responsabilité du médecin major de première classe Guérin.

LES COMMANDANTS

Après le capitaine de frégate Le Coz, l'école a successivement pour commandant le C.F Quérandal des Essarts en 1947, le C.F Begue en 1951, le C.F Danguy des Déserts en 1953, le C.F Maget en 1956, le C.F Bordeaux en 1959.

NOUVELLE CHAPELLE

Le 5 novembre 1959 est à marquer d'une pierre blanche dans la vie de l'établissement. En effet, ce jour là, accompagné du révérend père Louis de Penfentenyo, jésuite et frère du général-maire de Loctudy, de M. Louarn chanoine titulaire et de l'abbé Sévellec, directeur des œuvres maritimes, Monseigneur Fauvel, évêque de Quimper, procède à la bénédiction de la nouvelle chapelle. Il pleut des cordes ! Pourtant l'oratoire, ainsi que l'aumônier, M. l'abbé Deniel, n'ont qu'à se féliciter de la journée, d'autant que monseigneur a accepté de déjeuner au "carré" !

LA MUSIQUE A L'ÉCOLE

La musique du Dourdy remporte un franc succès et contribue au renom et à la bonne image de l'établissement. Il n'est guère de fête, patriotique, folklorique ou populaire, sans la participation des marins : guêtres blanches, ceinturons blancs, bâchis et pompons rouges. Le journal "Le Télégramme" souligne que "la valeur de la clique de l'école des mousses" est indiscutable ; la preuve est qu'elle monte de temps en temps à Paris pour les grands défilés.
Tous les ans, un dimanche de printemps, la fête des pompons rouges est organisée dans la capitale du pays bigouden par l'amicale des anciens marins de Pont-l'Abbé présidée dans les années 1950 par Yves Le Borgne. A dix heures la musique de l'école parcourt les principales artères de la ville ; une demi-heure plus tard, un hommage aux marins morts pour la France est rendu devant le patronage laïque en présence des enfants de l'école.
L'apéritif concert qui se déroule ensuite à l'intérieur du "Patro" est animé par la chorale des écoles de maistrance et des mousses. Placé sous la direction de Jean Suscinio, la centaine d'exécutants interprète chansons à virer et à hisser.
En mai 1957, un récital est donné dans le hall du château, la chorale a travaillé sous la direction d'un professeur de l'établissement, M. Ollivier. Au jour J, cependant, elle répond à la baguette de Jean Suscinio, le maître de chant itinérant, qui, en douze ans, a créé plus de cent chorales dans les écoles de la marine nationale.

REMISE DES PRIX

Au début du mois d'août, moment particulièrement solennel, la cérémonie de distribution des prix rassemble toute l'école, les parents et les amis des élèves, ainsi que les personnalités de la région. La manifestation débute à 10 heures par la traditionnelle transmission du drapeau. Elle est parfois rehaussée par une remise de décoration, comme en ce 10 août 1959, où Joseph Coat, professeur de mathématiques pendant vingt et un ans dans l'établissement, a été fait chevalier de la légion d'honneur par le C.F. Maget.
Pour la dernière année scolaire, en 1959-1960, l'école a pour patron le CF Bordeaux, précédemment commandant du Bison et de l'école des pilotes de la flotte de Saint-Servan. Elle comprend deux compagnies de mousses de 150 et 180 élèves et une compagnie de 135 maistranciers. La promotion 1959-1960 sera la dernière du Dourby.
L'ultime distribution des prix au Dourby, qui se déroule, le mardi 9 août 1960, dans la grande salle du gymnase, revêt une solennité particulière. la cérémonie est présidée par le contre-amiral Sourisseau, major général du port de Brest, préfet maritime par intérim de la deuxième région, en présence de l'amiral des Essarts ancien commandant, des maires des localités avoisinantes et de nombreuses amicales d'anciens combattants. Une revue et un défilé clôturent la première partie de la manifestation, marquée, on s'en doute, par une grande émotion. Il y a fort à parier que les participants se remémorèrent les grandes dates de la vie de l'école :

  • le 26 octobre 1951, elle est citée à l'ordre de l'armée de mer ;
  • un décret du 16 juillet 1954 lui attribue la légion d'honneur que lui remet, en grande pompe, le 7 août suivant, André Monteil, secrétaire d'état de la marine, maire de Quimper de 1954-1959 ;
  • le 27 décembre 1955, elle se voit décerner la croix de guerre des T.O.E. (théâtre d'opérations extérieures), qui lui est remise le 9 mars 1956 par l'amiral Mariani.
LA MARINE DÉMÉNAGE DU DOURDY

Impitoyablement, le marteau du commissaire priseur frappa les trois coups de la fin de l'aventure. Le 16 septembre 1960, le mobilier scolaire et le matériel du pensionnat de l'école sont vendus aux enchères.
Après les soldats français en convalescence, les réfugiés espagnols, les troupes allemandes, les pupilles, mousses et maistranciers (huit mille au total), après une occupation tour à tour pénible, dramatique ou martiale, les vacanciers apportaient au Dourdy le tourisme social en Bretagne.
A la fin de l'été 1960, les élèves s'installent à Brest, dans un site superbe dominant la rade, à la caserne Saint-Pierre dans les bâtiments de l'ancienne école navale. La cérémonie d'installation est présidée, le 14 octobre, par le vice-amiral Deroo, directeur du personnel militaire de la marine. En septembre 1961, l'école prendra le nom de Groupe-Armorique

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