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J'arrivais à Brest en septembre 1947, l'année de mes 14 ans, direction Bertheaume en camion militaire. L'école se présente sous la forme de bâtiments en dur qui logent le personnel et les élèves et des baraques en bois qui abritent les servitudes, infirmerie, lingerie, aubette, etc.… L'ensemble des élèves est réparti en neuf sections de 30 a 40 élèves chacune. La durée du séjour à l'école est en principe de un an. Pour ma part, j'y restais 18 mois étant trop jeune pour entrer à l'école des Mousses, en effet à la fin du séjour à l'école, les pupilles, en fonction de leur choix, de leur niveau d'étude, du résultat obtenu aux tests d'orientation (et des besoins de la marine) sont dirigés vers des spécialités, pont ou machine. Ceux du pont vont à l'école des mousses du Dourdy, ceux de la machine vont à l'école des mécaniciens de Saint Mandrier. L'école fonctionne comme tout internat, avec en plus une formation militaire et maritime comme le dit le commandant de l'école "Nous ne sommes pas chargés de faire de vous des marins, mais de vous y préparer" Les matières sont enseignées par des professeurs civils ; français, histoire géo, arithmétique algèbre géométrie, physique chimie, histoire naturelle. Le directeur des études est monsieur Coquil, civil lui aussi. Les autres disciplines sont l'affaire des instructeurs officiers mariniers ; instruction militaire, maritime, timonerie, gymnastique. Deux mots peuvent résumer l'ambiance : travail et discipline, ce qui se rapproche beaucoup des mots valeurs et discipline que l'on peut lire de la plage arrière des navires de guerre français ; Bien sur quelques uns nous quitterons dans le premier trimestre pour diverses raisons, impossibilités de supporter la discipline exigée (pourtant ce n'est pas le bagne) ou l'éloignement de la famille, raisons médicales ou travail scolaire insuffisant. Certains donc partiront le sourire aux lèvres, d'autres le cœur gros. Quelques uns seront renvoyés pour des motifs divers ; menus larcins, violences physiques et autres. Les classes sont des baraques en bois construites sur un terrain en contrebas de l'école,vers la petite plage de Bertheaume, là ou coule un petit ruisseau parmi une végétation incontrôlée à l'époque, mais bétonnée maintenant Le matin après la cérémonie des couleurs, tous les élèves descendent vers les classes, en tenue de travail, vareuse et pantalon de grosse toile et sabots. Le sentier qui descend vers les classes, donc vers la plage, est en réalité le lit d'un étroit ruisseau, le trajet se fait en file indienne dans la bonne humeur et un peu de chahut. L'instruction maritime comporte une partie pratique, armement des canots à l'aviron, ceux-ci sont de type réglementaires, et les avirons sont trop lourds pour nous, aussi sommes nous deux par aviron, ce qui donne lieu à rigolade et chahut discret car la punition est vite trouvée: Rentrez !!!…..Armez !!!, ceci répété plusieurs fois ramène vite le calme. Quelque fois aussi, on arme aussi un canot à la voile, gréement au tiers et à misaine. Le matériel est stocké dans une petite baraque près de la plage. Le matelotage, nœuds et épissures est aussi au programme, non seulement on apprend a faire les nœuds, mais aussi leurs utilisations. L'instruction militaire, après l'immédiate initiation au déplacement en groupe, au pas cadencé, et sur trois files comporte le maniement des armes, en l'occurrence le mousqueton, calibre 8mm, 3 kilos 100, poids léger sauf lors de la marche en canard, avec le mousqueton à bout de bras, punition peu appréciée, mais efficace .Les séances de tir à balles réelles se font sur la lande qui surplombe la mer, et si celle ci est très calme on peut voir l'impact. Un guetteur est chargé de prévenir si un bateau de pêche approche la zone Par contre, il a un recul terrible, a vous déboîter l'épaule s'il n'est pas tenu fermement. L'instruction timonerie comprend les signaux à bras, le code morse, le code international des signaux, le Scott,( lecture des signaux lumineux en morse) etc. le tout à savoir par cœur, même si on ne connaît pas la signification de tous les termes utilisés. Il s'est passé des années avant que je ne sache vraiment ce que signifiait cette libre pratique demandée par le pavillon Q qui avait la bonne idée d'être jaune uni (c'est plus facile a se rappeler). Le sport tient une large place dans la formation individuelle, gymnastique douce, parcours un peu plus durs dans la lande, vers le fort, à ce propos, une nuit, un cheval fugueur sauta sur une mine, du coup le secteur fut évité jusqu'à ce qu'une équipe de démineurs fut passée par là. Le sport collectif est très prisé, d'abord par les sportifs eux mêmes car ils ont ainsi l'occasion de franchir les limites de l'école grâce aux déplacements et par l'encadrement qui voit là l'occasion de donner une bonne image de l'école. Les équipes de foot-ball, basquet, volley, cadets et minimes font de fréquents déplacements dans les établissements scolaires de la région brestoise La musique est aussi en fréquent déplacement, surtout le 2° semestre où elle commence à fournir des prestations correctes. Les musiciens ont le privilège de répéter tous les matins et sont ainsi dispensés du poste de propreté. Par la suite, j'apprendrais que dans le langage embarqué, tout marin ne faisant pas de quart de nuit est traité de musicien. Pour ma part, n'étant pas très sportif et trouvant que la fanfare demandait trop de sujétions, j'optais pour la troupe de scouts marins qui venait d'être crée. Je me souviens d'un camp entre Trébabu et le Conquet avec des jeux de nuit, c'était l'aventure et l'occasion de sortir de l'école, en dehors des promenades en groupe à pied évidemment généralement le long de la cote vers le Trez-Hir et Trégana, une coque en fer de bateau échouée là depuis longtemps était souvent le but ultime de la promenade. Il y avait aussi des sorties a but pédagogique, par exemple, au mois d'avril 48, la 5° Cie et les chefs de hune assistèrent à Brest au lancement d'un cargo de 11000 tonnes le MEKONG Il y a aussi de nombreuses sorties en mer sur les bateaux de la Royale, les goelettes, Etoiles et Belle Poule, l'une d'elle connut mon premier mal de mer en naviguant en mer d'Iroise par bonne brise L'école reçoit aussi des visites, par exemple la chorale de Recouvrances dont le répertoire très varié allait du Pardon de Kérangoff et Le Paradis, vieux cantiques breton à Plaine ma Plaine, en passant par la nuit de Rameau. L'abbé Dilasser était à la direction; Une autre occasion, très recherchée, mais pour une autre raison était la corvée de vivres, en camion aux SAO de l'arsenal, car le retour, au milieu des boules de pain, des cageots de fruits et autres denrées consommables sur place, permettaient aux heureux veinards de calmer pour un temps la fringale continuelle qui nous tenaillait tous ,du moins nous les élèves. Il faut se rappeler que en 1947-48, il y avait encore des tickets de rationnement et lorsque nous partions dans nos familles en congés scolaires, on nous donnait les tickets de rationnement nous revenant. Tout cela pour dire les difficultés d'approvisionnement, même pour la marine, ceci se traduisait par une constance affligeante dans la médiocrité des menus qui décourageait les estomacs de la plupart d'entre-nous. Les menus étaient fixés pour une semaine, différent chaque jour, mais se répétait inexorablement les semaines suivantes. De mémoire, boudin noir et pois cassés, riz au gras de viande en sauce, lentilles saucisses Les dimanches et jours fériés étaient classiquement marqués par le menu roi : beafteack-frites. A cette occasion, chaque table, (nous étions huit par table, toujours les mêmes) déléguait pour faire la queue à la cuisine, avec la gamelle double (d'un côté la viande et la sauce et l'accompagnement de l'autre côté) le plus véloce et le plus débrouillard car le but recherché était clair, être dans les premiers de la première queue à la cuisine, revenir au galop à la table, vider la gamelle, les frites directement sur la table et les steaks dans les assiettes individuelles préalablement disposées a cet effet, et repartir le plus vite possible prendre place dans la queue qui attend pour le rabiot, il faut aussi savoir amadouer le cuistot pour essayer d'obtenir une louchée de frites supplémentaire. Des tentatives pour utiliser deux gamelles furent vouées à l'échec. Le retour se fait glorieusement ou piteusement, car quelques fois, la dernière louche de frites tombe dans la gamelle de celui qui précède. Un autre jour faste est celui ou les deux cochons sont tués, en effet, compte tenu de ce qui précède, ce qui revient dans les poubelles de la cuisine est largement suffisant pour engraisser deux cochons. Ces deux cochons, toujours nommés Adolphe et Mussolini, sont nourris par deux prisonniers de guerre allemands qui travaillent à l'école, et vaquent à de multiples tâches. L'un deux est surnommé Stalingrad, car il y était et semble fort satisfait de son sort actuel en attendant de rentrer chez lui Je pourrais encore parler de beaucoup de sujets concernant la vie quotidienne des pupilles mais il faut se limiter, même si maintenant Internet est à grand débit !!! . Si ce texte tombe sous les yeux d'anciens de Bertheaume et j'espère qu'ils sont encore nombreux, nul doute qu'il évoquera beaucoup de souvenirs et inévitablement beaucoup de nostalgie. J'ai eu la chance de conserver quelques numéros de Cocorico, petit périodique, qui rendait compte des évènements marquant du trimestre, ce qui explique pourquoi j'ai pu citer quelques noms et quelques dates. Bernard Bulard |
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Merci à Bernard
BULARD |
Je suis si convaincu
que j'accomplis un acte (chantecler) |